L’Opération

Savoir que l’on a un cancer change beaucoup de choses, à l’intérieur de soi, mais aussi à l’extérieur.
Je ne m’en étais pas rendu compte avant le moment de cette annonce.

Il faut ensuite l’annoncer aux parents, aux amis, au travail… et c’est là que j’ai commencé à voir les regards changer.
Je fais désormais partie, si je peux le dire ainsi, de la communauté des cancéreux.
Dans le regard de certains, il y a de la compassion.
Dans celui d’autres, une forme de pitié, comme s’il était question d’une faiblesse ultime, quelque chose que l’on regrette pour l’autre mais que l’on ne se souhaite surtout pas.

J’ai aussi rencontré une certaine indifférence :
« Ce n’est pas grave, la plupart des cancers se soignent bien aujourd’hui, surtout le tien. »
Comme si cela devait suffire à apaiser.

Vient ensuite le rendez-vous à l’hôpital Bordet, en région bruxelloise.
J’y rencontre mon nouvel urologue, celui qui prendra en charge mon opération. Il m’explique le déroulement de celle-ci en détail, du début à la fin, en passant par les étapes pré- et post-opératoires.

Depuis le début de cette aventure, j’ai le sentiment d’avoir beaucoup de chance.
J’ai été entouré de personnes bienveillantes, à l’écoute, mais aussi très professionnelles et expérimentées.
Cet urologue fait partie des experts belges en matière d’opération robotisée. Je sens immédiatement sa maîtrise, son assurance tranquille.
Cela me rassure, confirme mes choix, et m’aide à accepter la direction que je prends.

Je n’ai jamais été opéré de toute ma vie.
Savoir qu’on va m’enlever une petite partie de mon corps reste malgré tout anxiogène.
Mais être entre de bonnes mains m’apaise.

Je pose beaucoup de questions, et j’obtiens des réponses claires.
Je rencontre aussi une coordinatrice qui prendra en charge l’ensemble de mes rendez-vous et restera disponible pour mes questions futures.
Je quitte l’hôpital confiant, même si la date de l’opération n’est pas encore fixée. Elle me sera communiquée dans la semaine.
En revanche, je sais déjà que je devrai suivre des séances de kinésithérapie avant et après l’intervention.

Je sais que cette opération sera éprouvante.
Je décide donc de me préparer au maximum.

Physiquement, mes ressources sont limitées. Je ne peux pas faire grand-chose.
Mais j’ai besoin — et envie — de me préparer autrement.
Mentalement, sans vraiment mentaliser.
Car justement, mon objectif n’est pas de ruminer chaque jour ce qui pourrait arriver, mais au contraire d’être davantage à l’écoute de mon corps.

Je pratique donc la cohérence cardiaque tous les jours, trois fois par jour, par séances de cinq minutes.
Je médite aussi, non sans difficulté, car cela demande de la pratique. Je commence par quelques minutes et j’allonge progressivement lorsque je me sens prêt.

La lecture m’aide énormément.
Les livres ont toujours été de précieux guides pour moi. Ils m’ouvrent à une conscience plus large et m’accompagnent dans les moments difficiles.
Je partagerai sans doute un jour la liste de ceux qui m’ont le plus soutenu durant cette période.

Je débute ensuite les séances de kinésithérapie, sans vraiment savoir à quoi m’attendre.
Ayant déjà connu une cheville cassée par le passé, j’imaginais quelque chose de similaire.

Et pourtant…
Il n’en est rien.

Je pense que seules les femmes ayant accouché et suivi une rééducation peuvent vraiment comprendre.
J’ai dû apprendre à reconnaître mon périnée, puis à le renforcer.
Pour moi, cette zone était totalement inexistante jusque-là. Alors la travailler, l’habiter, était une toute autre expérience.

Les séances n’étaient pas toutes identiques.
Certaines se faisaient dans le mouvement, à travers des postures et des exercices permettant d’apprendre à sentir et activer le périnée.
D’autres étaient plus techniques, avec l’aide d’un appareil médical, afin de travailler cette zone de l’intérieur, de manière très encadrée et respectueuse.

La date de l’opération tombe finalement : le 25 février 2025.
Il ne me reste que quelques semaines pour me préparer.
Le temps passe vite.

Ma valise est légère. Je n’ai pas besoin de grand-chose.
J’y glisse toutefois quelques petits encas, sachant que les repas de l’hôpital ne suffiront probablement pas à me redonner de l’énergie.

Le jour J arrive.
Nous sommes là très tôt.
Ève a décidé de m’accompagner dans cette épreuve.

Je revêts la blouse d’hôpital. Une infirmière vient me raser le bas du ventre.
Je ne compte plus le nombre de fois où j’ai dû mettre ma timidité de côté.

Puis vient le bloc opératoire.
Tout va vite. Il n’y a pas d’émotion.
Tout est professionnel, précis, aseptisé.

Quelques heures plus tard, je remonte en chambre.
Le premier visage que je vois est celui d’Ève.
Cela me rassure immédiatement.

Je découvre alors m n ventre.
Six cicatrices. Une trentaine de points.
Et cette sonde que je vais devoir garder pendant plusieurs semaines.
Je reste trois jours à l’hôpital, puis je rentre chez moi.

Je suis heureux de rentrer.
À l’hôpital, il est difficile de se reposer vraiment, et les repas ne permettent pas de reprendre des forces.

et maintenant, je peux commencer à tourner cette page, et à me reconstruire, petit à petit.


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